À l’automne, la question revient dans tous les potagers : il reste des godets de laitue sur la table, le sol est encore praticable, mais les nuits fraîchissent. Voici la réponse, puis le détail par variété et par région.
Oui, on peut encore repiquer des salades, mais jusqu’à quand ?
À la mi-octobre, le repiquage reste possible, à condition de choisir des salades d’hiver et d’accepter une récolte plus tardive. Une laitue de printemps ou d’été repiquée maintenant ne pommera pas : elle végétera, puis souffrira du gel. En revanche, une laitue d’hiver, une scarole, une frisée ou une chicorée supportent bien les températures fraîches et reprennent correctement si le sol n’est pas détrempé.
Trois critères décident de la faisabilité : votre zone climatique, le risque de gel dans les semaines à venir et le temps qu’il reste avant la récolte. Plus on avance vers novembre, plus il faut compter sur un abri (tunnel, châssis, voile de protection). En pleine terre sans protection, la fenêtre se referme dans le Nord et l’Est, alors qu’elle reste ouverte plus longtemps dans le Sud et près de l’Atlantique.
Quelles salades repiquer maintenant : laitues d’hiver, scaroles, chicorées, mâche
Les variétés rustiques sont les seules à miser en fin de saison. Parmi les laitues d’hiver, la Brune d’hiver et la Merveille d’hiver sont des valeurs sûres : elles tolèrent des gelées légères et donnent des pommes au début du printemps. Les batavias résistantes au froid et la laitue d’hiver à feuilles de chêne se comportent aussi très bien sous tunnel (temps de pousse feuille de chêne).
Les scaroles et les frisées sont plus tolérantes qu’on ne le croit, surtout si l’on peut les couvrir les nuits de gel. La chicorée sauvage, de son côté, encaisse le froid et offre des feuilles amères très appréciées en hiver. Quant à la mâche, elle se sème plutôt directement en place, mais on peut la repiquer depuis un godet ou une alvéole si l’on a pris de l’avance : elle forme alors de petites rosettes serrées, avec un espacement d’une dizaine de centimètres.
Un plant de salade est prêt à quitter son godet quand il a entre 3 et 5 semaines, environ 8 cm de haut et 4 à 5 vraies feuilles. Trop jeune, il supporte mal la manipulation. Trop avancé, ses racines s’enchevêtrent et la reprise est plus lente.
Le calendrier selon votre région et la date du jour

Ces repères sont indicatifs. Ils varient selon l’altitude, l’exposition et la météo de l’année, donc adaptez-les à votre potager.
| Zone climatique | Repiquage en pleine terre | Avec abri |
|---|---|---|
| Nord, Est, zones de montagne | Jusqu’à fin septembre, début octobre | Jusqu’à fin octobre sous tunnel ou châssis |
| Centre, Ouest, Bassin parisien | Jusqu’à mi-octobre | Jusqu’à début novembre |
| Sud-Ouest, Sud-Est, littoral méditerranéen | Jusqu’à novembre | Jusqu’à décembre pour scaroles et batavias |
Si une forte gelée vient de passer, patientez : on ne manipule pas des plants flétris par le gel, et on attend que le sol soit ressuyé avant de replanter.
Comment repiquer sans faire pourrir le collet
La réussite d’un repiquage tient à quelques gestes. Le plus important concerne le collet, cette zone fragile située entre les racines et les feuilles : s’il est enterré, l’humidité de l’automne provoque la pourriture du collet en quelques jours.
- Arrosez les godets la veille pour que la motte se détache bien.
- Ameublissez la pleine terre et retirez les débris et les mauvaises herbes.
- Creusez un trou à la taille de la motte et installez le plant.
- Gardez le collet au niveau du sol, jamais en dessous.
- Tassez légèrement autour des racines, puis arrosez en pluie fine.
Pour l’espacement, comptez 20 à 25 cm entre deux laitues d’hiver, environ 30 cm pour les scaroles et les frisées. Un espacement correct limite les maladies fongiques, particulièrement fréquentes quand l’air reste humide.
Collet au ras du sol : le réflexe qui évite la pourriture
Une salade replantée trop profond semble tenir quelques jours, puis jaunit et s’affaisse. Posez la motte de façon que sa surface affleure la terre, quitte à former une petite butte pour la stabiliser.
Après repiquage : les soins qui font reprendre les plants
La reprise se voit en trois à sept jours : les feuilles se redressent et le cœur repart. Pendant cette période, gardez un sol frais sans excès d’eau. Un arrosage modéré le matin vaut mieux qu’un apport copieux le soir, car l’humidité nocturne attire limaces et escargots, qui adorent les jeunes salades d’automne.
Dès que les nuits descendent près de zéro, posez un voile de protection sur arceaux, ou installez un petit tunnel. Cette couche d’air plus doux gagne quelques degrés et limite le gel des feuilles sans empêcher la plante de respirer. Pensez à l’ouvrir les journées douces, pour éviter la condensation et les moisissures.
Un léger paillage sec (paille, feuilles broyées) entre les rangs protège les racines. Gardez-le toutefois à distance du collet, qui doit rester dégagé.
Si c’est trop tard : abri, voile ou attente du printemps

Passé la date limite de votre zone, trois options restent ouvertes. La première consiste à repiquer sous abri : un châssis ou un tunnel de forçage permet de prolonger le repiquage de plusieurs semaines, avec une récolte qui sera plus lente mais bien réelle. Les feuilles de scarole, de frisée ou de chicorée se cueillent alors petit à petit.
La deuxième option est de laisser les plants en godet dans une serre froide ou sur un rebord de fenêtre lumineux, à l’abri du gel, pour les mettre en terre dès que le sol se réchauffe. La troisième est de renoncer à repiquer et de semer de la mâche en pleine terre, plus adaptée aux semis tardifs.
Erreurs fréquentes et questions courantes
Une laitue de printemps peut-elle être repiquée maintenant ?
Elle reprendra peut-être, mais elle pommera rarement et risque de monter en graine ou de geler. Mieux vaut réserver ces plants à une serre chauffée ou au printemps.
Faut-il couper les feuilles avant le repiquage ?
Non, sauf feuilles abîmées. Les feuilles servent à nourrir le plant pendant la reprise.
Que faire si les plants flétrissent ?
Vérifiez d’abord la position du collet, puis l’humidité du sol. Un plant simplement stressé se redresse en quelques jours, tandis qu’un collet pourri ne se rattrape pas.
En résumé, repiquer des salades à cette période reste jouable avec les bonnes variétés, un collet bien placé et une protection prête avant la première vraie gelée.





